Biographie de Rousseau

Jean-Jacques Rousseau (Genève 1712-Ermenonville 1778)

Buste de Rousseau en plâtre par Jean-Antoine Houdon – © Musée Jean-Jacques Rousseau de Montmorency
Buste de Rousseau en plâtre par Jean-Antoine Houdon – © Musée Jean-Jacques Rousseau de Montmorency

Ecrivain, philosophe, musicien.

Jean-Jacques Rousseau a légué à la postérité une œuvre qui reste d’une étonnante actualité. Ses créations littéraires, philosophiques ou musicales ont toutes été à l’avant-garde des idées des Lumières. Penseur aux multiples facettes, infatigable voyageur, Rousseau a été précurseur de la démocratie, du romantisme, et de la pédagogie moderne.

Ce n’est pourtant qu’à 39 ans que Rousseau a rencontré la notoriété en tant qu’écrivain et philosophe alors qu’il se destinait davantage à une carrière musicale.

« Une misérable question d'Académie m'agitant l'esprit malgré moi me jeta dans un métier pour lequel je n'étais point fait ; un succès inattendu m'y montra des attraits qui me séduisirent ». Lettre à Monsieur de Beaumont, 1762.

Ce tableau célèbre conservé au Musée National des châteaux de Malmaison et Bois-Préau, représente une scène où l'on distingue Rousseau au milieu d’une foule de personnalités venues fréquenter le salon de Mme Geoffrin. Bien qu’imaginaire, cette scène confirme que contrairement aux idées reçues, Rousseau n’était pas une personne seule et éloignée de la société.
Lecture de la tragédie de l'orphelin de la Chine de Voltaire dans le salon de madame Geoffrin par Lemonnier (1743-1824)

Bien qu’il ait traversé des périodes très difficiles, Rousseau n’a jamais été un homme isolé, coupé du monde. Sa vie a été organisée autour d’un vaste réseau d’influence passant selon ses intérêts et les rejets dont il a été l’objet du monde de la finance, de la cour au parlement.

Les dates clés de la vie de Jean-Jacques Rousseau

1712: Jean-Jacques Rousseau est né le 28 juin à Genève dans une famille d’horlogers. Sa mère est morte en le mettant au monde.

1722 : Son père Isaac a dû fuir Genève suite à un conflit avec un personnage influent. Il s’est réfugié à Nyon et a laissé son fils en garde chez son beau-frère.

1722-1724 : Jean-Jacques Rousseau a vécu à Bossey chez un pasteur protestant. Il y a découvert l’injustice après avoir été accusé à tort d’avoir abimé un peigne.


1725-1728 : Rousseau a fait son apprentissage chez un greffier puis chez un graveur de Genève, spécialisé dans l’impression de partitions musicales.

1728-1736 : Rousseau a été accueilli par le curé de Configon qui l’a ensuite envoyé à Annecy chez Mme de Warens. Celle-ci a converti Rousseau au catholicisme.

Rousseau a assuré sa subsistance en exerçant différents métiers dont la musique qu’il a enseigné.


Phototeque des musees de la ville de Chambery - cliche Solenne Paul

1736-1740 : Rousseau a vécu auprès de Mme de Varens, sa protectrice et future maîtresse, aux Charmettes près de Chambéry. C’est là qu’il a fait sa formation intellectuelle par ses nombreuses lectures et qu’il perfectionne ses connaissances musicales. Le premier livre que Mme de Varens lui a offert est un livre de musique. Au cours de ce séjour, Rousseau a mis au point un nouveau système de notation musicale qu’il a présenté en 1742 à l’Académie des Sciences de Paris sans obtenir la reconnaissance escomptée.

1743-1744 : Il a publié sa Dissertation sur la musique, a composé son opéra Les muses galantes et s’est rendu en Italie, à Venise pour un poste de secrétaire auprès de l’ambassadeur de France. L’expérience auprès du grand homme n’a pas été heureuse et a marqué le premier pas de la conscience de Rousseau sur les inégalités. Son goût pour l’écriture chiffrée s’est trouvé conforté par sa mission consistant à codifier les textes de l’ambassade.

1745-1751 : De retour à Paris, Rousseau a fréquenté le cercle des encyclopédistes et s’est lié d’amitié avec Diderot. C’est à cette époque que Thérèse Levasseur est devenue sa compagne.

Les cinq enfants qu'ils ont eus à partir de 1747 ont tous été confiés aux Enfants-Trouvés, l'Assistance publique de l'époque. Cette pratique qui peut choquer aujourd’hui était courante à l’époque. Rousseau, après la publication de l’Emile ou de l’éducation (1762), a été violemment attaqué par Voltaire sur l’abandon de ses enfants. Il s’en est expliqué avec franchise et courage dans Les confessions et dans une lettre adressée à Mme de Francueil, en 1751.

Au cours de cette période, il a rédigé divers articles sur la musique pour L’Encyclopédie, le vaste projet de diffusion des savoirs porté par d’Alembert et Diderot.

En 1751, après avoir rendu visite à Diderot incarcéré au château de Vincennes, il a pris connaissance d’un concours proposé par l’Académie de Dijon sur le sujet : Les sciences et les arts ont-ils permis le rétablissement des mœurs ? Rousseau a décidé d’y participer. Il a envoyé son Discours sur les sciences et les arts qui a remporté le premier prix avant d’être publié. Rousseau y a affirmé que l’homme est né bon mais que la société le corrompt. Les sciences sont nées du désir de se protéger, les arts de l’envie de briller et la philosophie de la volonté de dominer. C’est le début de la célébrité pour Rousseau. 

Parallèlement, il s’est fait copiste de musique pour gagner sa vie.

1752 : Rousseau a composé son opéra Le devin du village représenté devant le roi à Fontainebleau, c’est un succès. Le roi lui propose même une pension que Rousseau refuse pour garder sa liberté.

1754-1756 : Rousseau est retourné à Genève et a de nouveau adhéré au protestantisme afin de retrouver le titre de « citoyen » de sa ville natale.

Sa querelle avec Voltaire a commencé lorsque ce dernier, en réponse au Discours sur les sciences et les arts lui a adressé une lettre célèbre où il a écrit : « J’ai reçu, Monsieur, votre livre contre le genre humain… ».

1755 : Rousseau a publié son Discours sur les fondements de l’inégalité parmi les hommes. De nouveau il a affirmé que la liberté naturelle de l’homme est dénaturée par la société qui, fondée sur la propriété, est la source de toutes les inégalités et injustices.

1756-1762 : Rousseau et sa compagne se sont installé à l’Ermitage à Montmorency, chez Mme d’Epinay.

En 1758 il a rédigé sa Lettre à d’Alembert sur les spectacles en réponse à l’article "Genève" de l’Encyclopédie où d’Alembert, probablement sous l’influence de Voltaire, a déploré l’absence d’un théâtre à Genève. C’est la suite de la longue dispute entre Rousseau et les philosophes qui ont marqués le siècle des Lumières : d’Alembert, Voltaire et même Diderot.

C’est au cours de son séjour à Montmorency que Rousseau a également rédigé trois de ses livres principaux : La Nouvelle Héloïse (1761), L’Emile ou de l’éducation (1762) et Du Contrat social (1762).

En raison de ses positions sur les représentants des cultes protestants et catholiques, l’Emile a été condamné par le Conseil de Genève et est proscrit par le Parlement de Paris qui a décrété l’arrestation du philosophe. C’est le début d’une longue fuite à travers la Suisse, la France et l’Angleterre avant de revenir en France en 1767.

1767-1768 : Sous le nom de Renou, Rousseau et sa compagne ont trouvé refuge à Trie-Château à l’invitation de leur protecteur du moment, le prince de Conti. Ils sont restés peu de temps mais suffisamment pour que Rousseau y commence le premier livre des Confessions (publiées à titre posthume à partir de 1782). Il s’agit d’une des toutes premières formes d’autobiographie moderne.

Il a quitté Trie-Château pour le Dauphiné et, le 30 août, à Bourgoin, il a épousé civilement Thérèse Levasseur.

1770 : Rousseau est retourné à Paris où il s’est trouvé réduit à vivre pauvrement de la copie de partitions de musique.

1771-1775 : Il s’est adonné à sa passion pour l’herborisation et a publié les Lettres sur la botanique. Plus tard, il publiera ses Fragments pour un dictionnaire des termes d’usage en botanique.

Il a également commencé à rédiger Les dialogues de Rousseau juge de Jean-Jacques, où il se défend des nombreuses attaques et violents rejets dont il a fait l’objet.

1776-1778 : Rousseau a commencé la rédaction des Rêveries du promeneur solitaire. Au cours d’une promenade à Mesnil-Montant, Rousseau a été renversé par un gros chien et fort commotionné. On a craint pour sa vie.

1778 : Le 20 mai il est arrivé à Ermenonville où le marquis de Girardin l’avait invité à venir séjourner et profiter de son vaste parc d’un genre nouveau et très inspiré des écrits de Rousseau sur la nature, notamment dans La Nouvelle Héloïse.

Le 2 juillet, Rousseau a succombé à une crise d’apoplexie. Le 4 juillet, le marquis de Girardin a fait inhumer son grand ami sur l’Ile des Peupliers, au cœur de son domaine d’Ermenonville.

1794 : Décret de la Convention nationale décidant le transfert des cendres de Jean-Jacques Rousseau au Panthéon. En octobre, les restes du philosophe ont été transférés en grande pompe à Paris. Celui qui a été considéré comme le père de la Révolution française de 1789 reçoit l’hommage solennel de la Nation.

Pour tout savoir des itinéraires de Jean-Jacques Rousseau en Europe et pour des liens vers une bibliographie :

Chronologie de Jean-Jacques Rousseau

Les lieux Rousseauistes